LE MONDE | 23.03.06 | 13h39
a confusion régnait à l'Ecole des hautes études de sciences sociales (EHESS), jeudi 23 mars, à Paris. Occupée depuis le lundi 20 par une centaine de jeunes gens extérieurs à l'établissement, l'école du boulevard Raspail a été évacuée par sa direction, mercredi soir. "La mort dans l'âme, j'ai été contrainte de demander aux enseignants-chercheurs de quitter les locaux, car la sécurité n'était plus assurée dans l'école", a déclaré Danièle Hervieu-Léger, la présidente de l'établissement.
La vingtaine d'enseignants-chercheurs qui, depuis deux jours, avaient tenté d'établir le dialogue avec les occupants ont abandonné les locaux sous une bordée d'injures. "Ils ne veulent ni vote ni organisation du tour de parole. Ils ont imposé l'occupation, constate l'un des enseignants. Leur discours est très peu articulé. Ils lancent des slogans comme "A bas la démocratie, à bas les syndicats". Le contenu des AG (assemblées générales) est assez pathétique."
Après plusieurs tentatives de négociations infructueuses, les responsables de l'école ont fait appel à la force publique. Jeudi matin, la présidente déplorait que ses nombreuses demandes auprès du commissariat de police du 6e arrondissement et de la préfecture de police de Paris n'aient pas été entendues. "Je me suis toujours heurtée à la même réponse : nous attendons le feu vert des autorités", assure-t-elle. Elle devait déposer plainte dans la journée de jeudi.
C'est dans la nuit de mardi à mercredi que cette occupation, censée faire de l'école "un lieu ouvert pour faire plein de trucs", a commencé à dégénérer. Des dégradations de matériels et des vols d'ordinateurs ont été commis.
SOLIDARITÉ "AVEC LES CHATS"
Les locaux ont pris l'apparence d'un squat placé sous le contrôle de militants anarchistes et autonomes. Sur les grilles cadenassées, les occupants ont accroché plusieurs banderoles dont les mots d'ordre clament aussi bien la colère contre le contrat première embauche (CPE) que la solidarité avec les "sans-papiers, les travailleurs, les taulards, les étudiants, les lycéens, les chômeurs, les précaires, les pianistes, les squatters, les chiens, les chats".
"Le CPE, ce n'est pas tout, explique un occupant qui se réclame des réseaux antinucléaires. Nous sommes des citoyens, on est là pour aider les étudiants. On veut que le mouvement s'étende au-delà des universités et des lycées." Dans ce climat parfois tendu, le débat entre les intrus et les étudiants de l'école, submergés par la tournure des événements, reste difficile.
Mercredi après-midi, les élèves de l'EHESS se sont réunis dans la cafétéria, à l'écart du bâtiment principal. S'ils s'opposent aux dégradations, ils souhaitent poursuivre leur lutte contre le CPE.
Yves Bordenave
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